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Audience du 29 octobre 2007
Après 3 jours de repos et de réflexion,
l’audience a repris cet après-midi. Pierre-Henri
GOURGEON est absent, mais chacun peut comprendre les
soucis actuels du Directeur Général d’Air France.
A l’invitation de la Présidente, Bernard
ZIEGLER arrive à la barre pour résumer sa carrière de
pilote:
J’ai eu mon brevet de pilote avant même
d’avoir mon permis de conduire, commence-t-il, histoire
de bien situer l’importance qu’il attache à cette
condition et à la passion de sa vie.
Ecole de l’Air, pilote de chasse sur F84F
« Thunderstreak », descendu au feu sur T6 en Algérie,
puis Sup-Aéro et pilote d’essais à Istres, il rentre chez
Airbus en 1970, alors toute jeune entité, et créé
la division des essais en vol.
Il revendique dans le poste de pilotage
les premier vols de tous les Airbus, depuis l’A 300
jusqu’à l’A340. Il est ensuite chargé du service après vente,
puis devient Directeur technique et instructeur. Il a même
été à certains moments pilote
de ligne. Une carrière et une vie bien remplie.
La Présidente rappelle alors les griefs
de la justice à son encontre :
Monsieur ZIEGLER, vous êtes accusé
- d’avoir participé à la
commercialisation et à la mise en service de l’Airbus
A320 F-GGED alors que la conception ergonomique des
commandes était de nature à favoriser une confusion de
mode vertical, et que l’ergonomie de présentation des
paramètres de contrôle de trajectoire ne possédait pas
un pouvoir d’alerte suffisant pour un équipage en
situation d’erreur de représentation.
- d’avoir participé à la
commercialisation et à la mise en service de l’Airbus
A320 F-GGED équipé de DME COLLINS 700 avec logiciel
BITE, cet équipement inadapté présentant une erreur de
conception.
- d’avoir encouragé les approches VOR-DME
alors que l’architecture du système et ses défauts de
conception ne s’y prêtaient pas avec un degré de
sécurité suffisant.
- d’avoir remédié tardivement aux
difficultés affectant les VOR et DME signalés par les
équipages, en particulier en raison d’un retour sur
expérience partiellement défaillant.
Monsieur ZIEGLER, vous avez maintenant la
parole.
Bernard ZIEGLER va la prendre et la
garder longtemps, car il en a des choses à dire et à
expliquer avec la verve et la passion qui le
caractérise, surtout lorsqu’il s’agit de défendre « son
bébé », l’A320.
En ce qui concerne le DME, il n’y a pas
de problème, il n’y a jamais eu de problème. C’est un
équipement standard. Aucune plainte n’a jamais atteint
mon bureau. Pour le VOR, c'est différent, on avait un
peu trop métallisé l’antenne contre les coups de foudre.
C’est vrai, on avait un peu forcé dessus. Il y avait des
ennuis, mais rares, très rares même.
Avec le modèle Collins adopté par Air
Inter, les battements étaient légers et rares, et
signalés au pilote. Ils provenaient des conditions
particulières du terrain. Ces battements, et il me faut
enfoncer le clou, étaient dus à des émetteurs parasites
au sol, mais à Strasbourg, ça n’existait pas !
Les pilotes n’ont jamais signalé de battements VOR à
Strasbourg, insiste Bernard ZIEGLER.
Quand l’avion descend très bas, il est
possible qu’il y ait eu un battement, mais parce que la
montagne faisait écran. D’ailleurs la commission
d’enquête avait rejeté le VOR comme cause de l’accident,
Venet et Belotti aussi, même si Venet l’a mis en cause
ensuite. Pour la nouvelle expertise Anglade/Louvin, pas
de problème, pas plus que pour Wannaz/Guibert. Enfin la
dernière expertise évoque un peu le problème du VOR,
histoire de faire admettre que l’équipage est dans son
bon droit dans le cône de 5°.
Le VOR n’est pas utilisé par le PA, on ne
peut donc pas parler de défaut de certification. En mode
NAV, ce sont les DME qui sont utilisés.
La Présidente :
Il y a bien un lien entre le VOR et le DME ?
B. ZIEGLER :
Non, le VOR et le DME sont bien deux choses différentes,
mais ils sont utilisés pour créer des positions en mode
NAV pour qu’ensuite l’avion s’inscrive sur une route que
le PA va suivre.
Les services officiels étaient méfiants
mais ils l’ont certifié. Il est donc faux de prétendre
que le mode NAV n’était pas certifié.
Plus tard, j’ai été étonné de mon
inculpation sur le VOR, c’est comme si on reprochait à
un constructeur automobile la conduite à droite. Tous
les experts du monde ne pourront pas prouver que le VOR
ne fonctionnait pas.
Alors le DME ! S’exclame Bernard ZIEGLER
Je ne suis pas un spécialiste du DME,
mais il est très précis. A l’époque, Collins avait 80 à
90% du marché, Bendix le reste et TRT, le français
quelques miettes. Collins ne nous a jamais donné de
soucis. Parfois sur le 747, quelques cas de pannes
rares : 1 sur 1 million d’heures de vol. C’est un non
évènement, pratiquement jamais noté en France.
Alors on a évoqué le cas de Bordeaux,
mais c’est un problème de VOR, notre expert va vous
l’expliquer prochainement. La navigation que montre le
FMGC était OK, tous les points le démontrent, 060°, 11
nm, correction de cap, le FMGC calculait bien la bonne
route, donc il recevait bien les bonnes infos du DME.
Et B. ZIEGLER d’insister : Il faut être
objectif, le DME ce jour-là fonctionnait parfaitement et
le VOR aussi. Même l’A380 a cet équipement, mais
il est peut-être un peu gros pour ces terrains là !
Maintenant, il est hors de propos que
j’ai encouragé les approches VOR/DME.
La Présidente :
J’ai noté l’expression : forcer le VOR, c’est quoi
exactement ?
B. ZIEGLER :
Sélecter un VOR plutôt qu’un autre.
La Présidente :
Parce qu’ils n’avaient pas confiance ?
B. ZIEGLER :
Non, mais si vous avez un battement très fort, on peut
décider de se mettre sur un autre, mais les consignes
sont nettes : S’il y a des battements, il faut arrêter
l’usage. Et sur Strasbourg, je ne vois pas quel VOR ils
auraient forcé.
La Présidente :
A Bordeaux, selon vous, c’est le même incident VOR et
DME ?
B. ZIEGLER :
C’est le DME de Cognac qui n’était pas en vue. Mais une
fausse information VOR n’est pas caractéristique d’une
panne DME. Un battement VOR, c’est comme si, madame la
Présidente, je vous montrais du doigt et qu’en même
temps, je promène mon bras de droite à gauche. Ca se
voit comme le nez au milieu de la figure.
Vous savez, on était en contact avec des
pilotes du monde entier, bien sûr pas les plus déchaînés des
pilotes syndiqués, non, mais ceux qui représentaient
leur compagnie. On discutait aussi du bruit dans les cockpits,
même de la place des cendriers car on fumait beaucoup à
cette époque et durant les 4 ans, 88/92, on ne s’est pas
plaint d’un seul problème DME. VOR, oui! Pas DME !
Après l’accident, aucun chef pilote ne
s’est plaint de l’ergonomie et rien, rien sur le DME. Si
on peut toujours se tromper sur un bouton de lecture, on
doit vérifier, vérifier et faire vérifier, c’est
fondamental.
La Présidente :
Le VOR a eu sa certification aux Etats-Unis, mais il a
été adopté directement par la France.
B. ZIEGLER :
C’est une question de confiance réciproque, mais nous
avons eu 3 ans d’utilisation sans trouver de panne. Le
VOR Collins fonctionnait très bien, mais il y avait un
battement très visible par le pilote et on a mis plus
d’un an à comprendre que c’était les stations radio qui
interféraient sur le VOR. Nous avons découvert aussi un
problème de blindage d’antenne, mais il n’y avait pas
urgence puisque la panne était détectée par le pilote,
la sécurité n’était pas en jeu.
Le jour de l’accident, j’aurais voulu
qu’il y ait des battements VOR à Strasbourg, ils
n’auraient pas fait d’approche VOR. Je dirais presque
hélas !
A l'époque, nous avions une réunion par semaine avec
Air Inter et jamais on n’a évoqué le DME. Et jamais
aucun avion au monde n’a été autant suivi que l’A320 et
personne n’a jamais dit non plus que l’interface était
grotesque.
Pour le battement VOR, si une panne est
détectée, c’est un péché véniel. Mais nous avions lancé
un avertissement à toutes les compagnies qu’en cas de
battement VOR, c’était l’arrêt de toute approche
VOR/DME.
La Présidente :
La commission d’enquête avait relevé un battement VOR
dans la norme OACI entre 8 et 9 nm avant la balise STR.
B. ZIEGLER :
Je ne m’en souviens pas.
La Présidente :
Mais vous dites qu’il n’y en avait pas.
B. ZIEGLER :
Mais des battements VOR, madame la Présidente, j’en ai eu toute ma vie.
Max Venet :
Moi, je suis comme saint Thomas, le patron des experts.
La trajectoire est bien parallèle à l’axe vrai, mais
elle n’est pas enregistrée. Dans notre enquête
avec Jean Belotti, nous avons interrogé tous les pilotes
d’A320 d’Air Inter et d’Air France. Tous nous ont
signalé des battements habituels du VOR. Monsieur
Ziegler sait que rien de ce qu’a vu le copilote n’est
enregistré, mais il en parle beaucoup alors qu’on n’en
sait rien.
B. ZIEGLER :
L’avion ne passe pas verticale ANDLO car il avait
programmé l’ILS23. Il se dirige vers le point Sierra
Echo. Il n’avait pas ANDLO sur sa carte, pas plus que
STR.
Avocat Général : Mais ANDLO, STR
et SE sont alignés, monsieur Ziegler.
B. ZIEGLER :
Oui l’avion converge vers SE, c’est simple et clair.
C’est tiré par les cheveux de s’imaginer des battements
VOR.
Max Venet :
Quand le copilote annonce ½ point de l’axe alors que
l’avion est à 7° de l’axe, c’est qu’il y a un problème
de VOR au sol, pas d’Airbus, Mr Ziegler.
Mtre Beneix-Christophe :
Bernard Ziegler affirme que le VOR et le DME sont
parfaits, mais on manque d’information sur le QAR. C’est
comme pour la trajectoire à Habsheim, il y a un décalage
de cap de 2°
De forts remous se déclenchent aussitôt
dans le groupe des avocats d’Airbus à l’évocation du nom
de Habsheim. Un peu comme de parler de sorcellerie à un
disciple de Torquemada.
Maître Ndiaye se saisit d’un
micro pour lancer: Il est choquant que maître Beneix
porte atteinte à la réputation d'Airbus en évoquant
l’affaire de Habsheim qui a été jugée. Airbus n’a jamais
été mis en cause. Qu’on ne revienne pas sans arrêt là
dessus.
Mtre Beneix-Christophe
de conclure : Je vous rassure, je ne suis pas dans un
procès d’intention vis-à-vis d’Airbus, comme on n’est
pas dans un procès d’intention vis-à-vis des pilotes.
L’audition de Bernard Ziegler est
terminée. Elle lui a permis d’entremêler le VOR et
le DME au point que lors de certaines affirmations
ou démonstrations, on ne savait plus lequel des deux
était concerné.
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Patrick Anglade du second collège
d’expert, désigné en 1996 par le juge Guichard, s’est
penché plus spécialement sur le dysfonctionnement
éventuel du VOR.
Il nous explique qu’à partir des
nombreuses anomalies de réception constatées dès 1988,
il a fallu attendre 4 ans pour commencer à remplacer
l’antenne au sommet de la dérive, blindée exagérément
contre la foudre. Le F-GGED n’avait pas subit cette
modification.
Airbus n’avait pas compris les causes
réelles de la mauvaise réception et expliquait les
oscillations VOR par le multi-trajet des ondes pures qui
engendraient des échos dès lors que
l’environnement s’y prêtait : immeubles, hangar, relief,
végétation, humidité du sol. Le résultat est un peu
comme sur un téléviseur, une image démultipliée parce
que l’antenne est mal orientée. C’est un phénomène
normal qui entraine jusqu’à 3° de perturbation.
Mais les rapports d’équipage signalaient
des problèmes de VOR loin de ces conditions naturelles.
Il y avait donc une question de brouillage ponctuel que
nous avons déterminé. Il s’agit d’émetteurs radio dans
la bande FM.
A partir de deux fréquences reçues, mais
éloignées de la fréquence d’un VOR donné, le système
créait une troisième fréquence, parasite, qui parfois se trouvait
être exactement celle du VOR en question. Le blindage de
l’antenne atténuait le vrai signal VOR et amplifiait la
fréquence parasite.
Les essais effectués par ailleurs ont
démontré formellement le bon fonctionnement du VOR
lui-même.
Pour qu’il y ait oscillation de grande
amplitude de l’aiguille sur l’écran du pilote, il faut
donc le brouillage d’au moins un émetteur, or il n’y en avait pas
dans la région de Strasbourg.
Reste les battements de VOR. Un avion
test du STNA (Service Technique de la Navigation
Aérienne) est venu faire des mesures à Strasbourg 2
jours après l’accident. Effectivement, de tels
battements ont été détectés dans le 051° entre 8 et 9 nm
de STR. Ce sont des ondes aux trajets multiples liées au
relief et à la météo locale. Un défaut qui a aussi pu
arriver avant le point STR 9.
Max Venet :
Selon le QAR, on ne peut pas savoir s’il y a un écart
VOR au moment de la mise en descente ou s’il y avait un
autre problème.
P. Anglade :
Au milieu du bruit ambiant, on n’entend pas tout dans le
CVR. On a perdu pas mal d’info de ce qui s’est dit dans
le cockpit.
De quelles infos manquantes a
donc voulu parler notre expert ?
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