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Audience du 14 décembre 2007
Une audience sur les intérêts civils
presque dans l’intimité s’est tenue aujourd’hui à
Colmar. Aucun des prévenus n’était bien sur présent et
moins d’une dizaine de victimes de l’association Echo
s’était déplacé.
D’emblée, l’audience a commencé sur un
quiproquo, certains échanges de conclusions entre les
avocats des deux bords n’auraient pas eu lieu à temps vu
le nombre important de dossiers à examiner. Les hommes
de robe demandent donc une nouvelle audience, qui après
moult palabres, est fixée au 9 janvier 2008.
C’est également ce jour là que nous
apprendrons la date du délibéré, courant février ou
mars.
Ce ne sera donc que les arguments
généraux de Bernard Ziegler, d’Airbus et d’Air Inter /
Air France, les deux derniers condamnés au civil en
première instance, que nous entendrons cet après-midi,
bien sûr uniquement à charge contre tout nouveau
dédommagement réclamé.
Me Cochery va commencer par
souligner que l’accident n’est pas de la faute de
Bernard Ziegler, mais uniquement au non respect des
procédures.
- Je vous demande d’infirmer le jugement
du 7 novembre car il n’existe pas de présomption de
faute et Bernard Ziegler a tout fait pour rendre
l’ergonomie la plus sûre possible. Quand aux erreurs de
VOR et DME, elles ne sont pas démontrées.
Echo demande la responsabilité
personnelle de Bernard Ziegler et d’Airbus, or la Cour
ne se prononce qu’au Pénal. Par conséquent, la
responsabilité civile d’Airbus ne peut être reconnue et
les demandes d’indemnisation sont irrecevables. Pour les
victimes, les réparations ont déjà été indemnisées par
Air Inter et Air France et toutes les nouvelles demandes
doivent être écartées. Il n’y a aucun motif sérieux
d’annuler les anciennes transactions puisque c’est au
moment de la signature que l’évaluation du préjudice
doit être faite.
De plus, les victimes avaient
l’assistance de l’INAVEM composé d’éminents spécialistes
pour décider du bien fondé de leur signature et
transiger en toute connaissance de cause.
Quand au préjudice spécifique, il découle
d’expertises faites 14 ans après l’accident et est donc
à écarter.
Me Ndiaye va enfoncer le clou
après quelques précautions oratoires soulignant
qu’Airbus n’est pas là pour nier la douleur des
victimes, mais qu’il y a une distinction entre la
souffrance, bien réelle, et les chefs de préjudices
indemnisables.
- Il n’y a pas à revenir sur les sommes
versées sauf s’il y a aggravation, mal tel n’est pas le
cas dans ce dossier. On nous dit qu’il y a aggravation
du préjudice parce qu’on le qualifie de préjudice
spécifique. Pour une victime directe, l’aggravation du
préjudice corporel est possible alors que pour les
victimes indirectes, il ne peut y avoir qu’un préjudice
moral et une indemnité forfaitaire. La peine est connue
lors de la transaction et ne change pas lors d’une
procédure judiciaire longue ou courte. Certains veulent
aujourd’hui revenir sur ces tractations et demander des
sommes complémentaires, or le dommage résulte des faits
qui fondent la poursuite et les délais de la procédure
n’entrent pas là dedans. Quand aux délais considérés
comme trop longs, ce sont les parties civiles qui ont
demandé des expertises et des contre-expertises, jamais
Airbus.
Les victimes disent aussi qu’un procès
est traumatisant, mais il fait aussi partie du travail
de deuil. Il n’est pas possible à la fois d’en faire un
préjudice et le souhaiter.
Pour les victimes indirectes, il y a eu
des expertises psychiatriques qui concluent
scientifiquement qu’il est irréalisable et impossible de
déterminer les liens et les causes 14 ans après les
faits. Les examens médico-légaux doivent être réservés
aux victimes directes.
Il est donc impossible d’accorder un
préjudice moral. Reste le préjudice spécifique, mais
pour les victimes directes seulement.
L’avocat d’Airbus va ensuite citer
plusieurs jugements et délibérés ayant refusé d’accorder
un préjudice spécifique aux victimes indirectes. Il en
irait ainsi, selon Me Ndiaye qui en a eu affaire, des
dossiers AZF et du tunnel du Mt Blanc.
- Faut-il cumuler le préjudice moral et
le préjudice spécifique ? Les médecins psy soulignent
qu’il n’y a pas de différence entre un mort par crise
cardiaque et une catastrophe médiatisée. Un accident
collectif n’entraine pas de préjudice complémentaire. Il
ne peut y avoir de discrimination selon le nombre de
morts.
Echo a eu un rôle important pour son
travail envers les familles, mais il faut regarder de
très près pour le montant réclamé de 1,2 millions
d’Euros avec les 2 millions demandés d’autre part. Il
faut un préjudice personnel, or l’association ne peut
pas se substituer à ses membres et le préjudice n’est
pas constitué ipso facto par l’accident. Comme le
dommage résulte des faits, je ne vois pas de préjudice.
C’est aussi le bénévolat de ses membres qui a permis à
l’association de fonctionner, mais monsieur de Gaullier
demande des dédommagements extrêmement importants. Je
m’étonne qu’il réclame 600 000 € sans justificatifs
sinon qu’il prétend avoir travaillé 30h par mois pendant
14 ans. Je ne comprends pas le calcul car il y a eu des
périodes assez longues de silence dans la procédure.
Pour les syndicats de personnel navigant
qui réclament aussi des indemnisations, nous considérons
que les montants sont trop importants en regard de leur
activité durant la procédure.
En conclusion, Airbus n’est pas là pour
nier la douleur, mais la justice doit faire son travail
en fonction des règles applicables.
Me Garnault
L’avocat d’Air France, un petit sourire
malicieux au coin des lèvres annonce qu’il va développer
un point ignoré jusqu’alors par tout le monde.
- C’est un problème important de principe
pour le préjudice que l’association aurait supporté. La
loi et les réglementations spécifiques au transport
aérien, déjà pour l’accident de Habsheim, mettent les
victimes à l’abri pour les indemnisations et
l’association Echo ou une autre association de victimes,
doit faire avec la législation du transport aérien basé
sur la convention de Varsovie. La responsabilité du
transporteur ne peut être recherchée par Echo simplement
parce que l’association a été tardive dans sa
constitution de partie civile. Echo a été créé le 31
janvier 1992 et avait 2 ans pour se constituer partie
civile au plan civil s’entend et ne l’a pas fait.
L’agrément ministériel de 1996 n’a d’influence que sur
le plan pénal.
La constitution sur le plan pénal d’Echo
est donc permise, mais Echo doit être débouté de ses
demandes d’indemnisations.
L’association Echo ne peut réclamer le
dommage qu’elle a supporté elle-même. Constituée après
l’accident, elle a définit son rôle dans ses statuts et
personne ne peut empêcher son action de prestation de
service vis-à-vis de ses membres. Son budget doit alors
être équilibré.
Or on vient ici vous demander de
rembourser les frais généraux et les frais de
fonctionnement. Ça ne tient pas debout !
Les frais généraux ! Pas un dommage ni un
préjudice ! On ne peut donc pas demander réparation.
L’association Echo n’a pas le droit d’obtenir les sommes
qu’elle demande. Ce n’est pas l’accident, mais l’objet
social qui a entrainé les frais dépensés par
l’association. C’est ça la causalité. Ce thème n’avait
jusqu’à présent pas été développé de cette manière, j’en
suis le premier au niveau des principes.
Il reste les frais d’avocat, réels, pas
forfaitaires bien sûr et l’équité doit jouer.
Le rôle de ces associations de victimes
est indispensable mais certaines en abusent sur le plan
pécuniaire. Echo disait : ce qui nous intéresse, c’est
la vérité sur les causes du crash, il faut qu’on sache.
Qu’Echo vienne alors se mêler d’argent, ça m’embarrasse.
L’audience est suspendue jusqu’au 9
janvier. Entretemps, il n’y aura pas de trêve des
confiseurs pour les avocats qui devront fournir
l’ensemble de leurs conclusions écrites avant le 31
décembre.
Audience du 9 janvier 2008
Après deux reports successifs s’est enfin
tenue ce 9 janvier l’ultime audience sur intérêts civils
du procès du crash du mont sainte Odile à quelques jours
de la commémoration du 16ième anniversaire.
Cette audience ressemblait à celle du 14
décembre, un échange assez vif d’arguments pour réclamer
des indemnités d’un côté et pour n’avoir rien à payer de
l’autre.
Nous étions loin, très loin de la
recherche de la vérité ou de l’analyse des causes du
crash. Mais n’était-ce pas inéluctable ?
Comme les promesses politiques le
lendemain du drame, puis d’autres, commerciales
celles-là dans les jours qui ont suivis, les indemnités
compensatoires se sont réduites au fil des ans, les
belles promesses oubliées et les actes de foi rangés au
magasin des accessoires.
Chaque drame humain est ainsi soumis à la
dictature de l’audimat. Une fois que le rapport de force
médiatique a changé de camp en quittant celui des
victimes, seule subsiste la masse des articles
réglementaires propres à minimiser les préjudices.
L’accident du 20 janvier a eu lieu sur un
vol intérieur français, entre deux villes de province.
Alors, pour le barème des indemnisations, rien à voir
avec un vol international à destination des Etats-Unis.
L’ultime audience du procès traitait donc
des intérêts civils, des indemnisations plus simplement
dit. Les avocats des parties avaient enfin pu échanger
leurs conclusions, y compris jusque la veille encore de
l’audience et même à l’audience pour les ultimes
retardataires.
Très peu de monde aujourd'hui dans la
salle numéro 13 de la Cour d’Appel de Colmar. Une
dizaine d’avocats, autant de membres d’Echo et quelques
rares journalistes ou simples curieux s’étaient déplacés
pour entendre les attaques en règle des avocats d’Air
France et d’Airbus contre celles et ceux qui demandaient
une indemnisation.
D'emblée, Me Fabrice Pradon pour Air
France va s’étonner de la soudaine présence parmi les
prétendants à indemnisation d’un concubin au nom
d’emprunt pour une somme de 440.000 €. Et, ajoute-t-il,
il y a aussi ces 39 parties civiles espagnoles dont la
situation personnelle n’a pas changé depuis 16 ans.
Toujours à la même adresse pour certains, hébergé à 40
ou 45 ans chez leurs parents pour d’autres ou
travaillant encore à 75 ans, voire même 101 ans.
Sur un total de 250 parties civiles, il y
en a 137 nouvelles dont certaines totalement inconnues.
- J’ai des doutes quand à la régularité
de toutes ces constitutions de parties civiles. Air
France demande de chacune des victimes de confirmer sa
situation , conclut Me Pradon qui ne peut s’empêcher
d’ajouter au nom des assureurs qu’il ne peut y avoir de
procès de masse où on travaille sur une liste. Il faut
démontrer pour chacune et chacun un lien direct avec les
victimes.
Me Simon Ndiaye pour Airbus:
- J'émets les mêmes réserves sur le
sérieux des plaignants y compris pour l’association Echo
qui disait vouloir avant tout connaître la vérité. Je me
pose des questions sur les intentions actuelles de ceux
qui se disent animés par la recherche de la vérité alors
qu’ils ne sont apparus en nombre que pour ce procès en
appel .
Pour Me Lienard, le premier cas du
concubin évoqué par Air France, n’est qu’une complexe
histoire de famille, mais il faut éviter de faire des
procès d’intention pour nombre d’autres victimes.
L’avocat va tenter de défendre le point
de vue des familles de victimes à travers les préjudices
psychiques et spécifiques, deux aspects de dommages
refusés par les assureurs pour qui l’enjeu est majeur vu
le nombre importants d’autres affaires d’accidents en
cours.
- Il y a bien une absence du dommage
spécifique dans les transactions faites dans les années
92, 93 et 94. Il n’y en a aucune trace dans les
dossiers. Alors on nous demande encore des expertises.
Mais il faut savoir arrêter les expertises, sinon, il
n’y a pas de fin, il n’y a jamais de fin !
Je suis étonné que Me Garnault soulève la
prescription concernant l’association maintenant alors
qu’il pouvait le faire tout au long de la procédure. Ce
sont des prétentions nouvelles. L’association Echo est
partie intégrale de la procédure. La loi a la primauté
sur les textes réglementaires. Bien entendu, les
assureurs souhaitent que les associations ne puissent
plus plaider au procès pénal, or l’association Echo a
été agréée en 1996 par le Ministre de la justice, ça a
été la première association à l’être.
Me Pradon revient à la charge :
- Seules les victimes du transporteur
sont à prendre en compte, l’association Echo n’en a
aucun titre comme les passagers ou leurs ayants-droits.
Nous ne contestons pas leur position de
partie civile, mais nous contestons leur demande
indemnitaire. Il y a confusion des genres, Echo n’a pas
de droit d’action car n’a pas eu de dommage personnel.
Me Ndiaye insiste :
- Les experts qui ont examiné les
familles des victimes n’ont pas conclu pour le préjudice
spécifique. Certains ont renoncé à leur mission disant
qu’il était impossible de déterminer un lien direct de
causalité entre l’accident et l’état présent de la
personne.
Tous les avocats qui sont intervenus dans
les dossiers n’ont jamais évoqué de préjudice spécifique
tout au long de la procédure.
L’avocat Général, Mme Claude Lafont
ajoute :
- Il faut que ce procès se termine. Je
suis étonnée que tout ça sorte maintenant.
Voilà! Tout, ou presque a été dit.
Le procès en Appel est fini. Il a
commencé le 16 octobre 2007 et aura duré 26 journées
plus au moins longues et bien remplies. Chacun sera
aussi resté sur ses positions et les causes précises du
crash ne sont pas nettement apparues à l'audience. Aucun
aveu de dernière minute n'a pas non plus transformé le
procès.
La Présidente précise que l’arrêt sera
rendu le 14 mars à 14 h. |