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Lorsque la Présidente Claudine
Krieger-Bourg lit son arrêt concernant les 6
prévenus, personne ne le remarque trop car l’énoncé est
noyé au milieu de longues listes de noms de parties
civiles. Chacun attend une mise en forme, presque une
solennité dans l’intitulé d’un jugement tant attendu
depuis plus de 16 ans.
Même les journalistes se regardent,
interrogatifs, pensant avoir relevé quelque chose, mais
sans en être absolument sûr.
Ce n’est que vers la fin de la longue
lecture sur les indemnités refusées pour le plus grand
nombre, y compris pour l’association Echo, que l’émotion
quasi générale se transforme en rumeur et en brouhaha.
La lecture du jugement est finie, la Cour
se retire. Ce sont donc bien ces mots perdus dans le texte
qui tiennent lieu de jugement.
La Cour donc
- se déclare incompétente sur les actions
civiles de MM Gourgeon, Frantzen et Lammari.
- dit que M Ziegler n’a pas commis de
faute civile et déboute les parties civiles de leurs
demandes à son encontre et à l’encontre de la société
Airbus.
- confirme le jugement de MM Cauvin et
Rantet et déboute les parties civiles de leurs demandes
- confirme les actions civiles à
l’encontre de la société Air France, venant au droit de
la société Air Inter (suit la très longue liste des
indemnités reconnues ou rejetées pour les parties
civiles).
"En tant que transporteur, Air France
était de toute façon tenu d’indemniser les ayants droits
selon les textes réglementaires en vigueur. Les sommes
allouées sont légitimes, mais certains avaient des
ambitions démesurées" précise Mt Garnault, l’avocat d’AF.
Le jugement rejette aussi les frais
irrépétibles (annexes) des plaignants ainsi et surtout
que le préjudice spécifique, cheval de bataille de
l’association ECHO dans ce procès. L’association en tant
que telle et à travers les membres qui la composent se
voit déboutée de ses demandes de dommages-intérêts et amputée des 500 000€ alloués en première instance
pour frais d'avocats.
Toutes les demandes d’indemnisation formulées au titre
des interventions volontaires des membres de
l’association sont rejetées.
La réaction des membres d’Echo est
violente et Alvaro RENDON ne mâche pas ses mots devant
les micros et les caméras : Justice indigne, trahison
des victimes, honte à la France, victime une deuxième
fois, nous ne sommes que des colis. Sa longue diatribe
se termine au bord des larmes et au milieu des
récriminations de nombreux autres parents de victimes
désemparés et assommés par le jugement.
Une grande absence toutefois est
remarquée, celle de l’expert en titre de l’association
qui a bâti l’ensemble de ses théories et qui a préféré quitter le
procès en novembre, dès avant les plaidoiries.
Pour les prévenus, ce jugement n’est que l’application de la
loi Fauchon , c’était prévisible, même
si les réquisitoires du parquet, d’une manière
incompréhensible, désignaient des culpabilités
certaines, en dépit des textes en vigueur.
En blanchissant Bernard Ziegler et Airbus
à présent à travers lui, c’est surtout l’A320 qui est
blanchi avec tous ses systèmes. Même si bien des doutes
persistent aujourd'hui après les démonstrations des
experts au cours des deux procès et concernant l’absence de GPWS, les glissements
de carte, la certification douteuse de certains
équipements, le contrôle aérien approximatif, la
formation des pilotes. Il n’y qu’une consigne à donner :
circulez ! Il n’y a rien à voir.
C’était aussi prévisible avec les enjeux
économiques en cours.
Mais le terrible verdict qui en
découle, c’est que le crash du 20 janvier 1992 n’est
imputable à aucune cause. C’est de la faute à personne
si une trajectoire erronée a occasionné la mort de 87
personnes.
Une logique incompréhensible et
inhumaine ! |